mercredi 20 avril 2016

SABLE


S A B L E

 

Dans le sable des écritures. Des enfants ont tracé leur vie.

Des cœurs, des écritures imaginaires, arrêter le promeneur

solitaire, l’inciter à écrire.


Attendre une réponse.


Rendez-vous sur la plage, écrire à perte de vue.

Certains promeneurs effacent les écritures.

Recommencer pour que le geste ne s’arrête pas.

Ne pas arrêter le rêve, il se transmet.

On distingue des notes de musique.


Des mouettes viennent fixer

leurs pattes étoilées sur la mélodie.


Un garçon dessine avec son bâton des spirales.

La mer recouvre les lettres et répond avec des dessins.

Une femme avec un grand ruban vert lance des fleurs et enlace

des jeunes filles.

C’est la fête du printemps. Le sable recouvre les fleurs


et des roses apparaissent.

« Vive la Rose » s’écrient-elles.

 

                                                                                         Sylvia  Desbois
                                                                                                                          20 avril 2016       

vendredi 15 avril 2016

Hommage sincère, dithyrambique et appuyé à M. Poubelle, par Scato d'Urtic

Adieu Crottin (ou le Génie hygiénique)

Au Moyen âge, la plupart des hommes se sentaient bien emmerdés
Car, n’ayant point encore rencontré le Grand Génie hygiénique,
Les villes restaient sales, miteuses et plongées dans un désordre anarchique :
On y respirait éternellement l’odeur de l’urée, de la sueur et de la purée,

Et partout s’exhalait le parfum des toilettes, au lieu du splendide parfum des prés.
Chaque jour, les ordures passaient au travers des fenêtres et s’accumulaient
Sous les porches, tant et si bien que les riches citadins se voyaient contraints
D’envoyer bien des pauvres dans la mouise, la daube, le foin, la gerbe et le crottin,

Se vantant de tenir à eux seuls le haut du pavé
– Foutus rois du Karcher, Fils honnis du Tri sélectif !
Roulant en Porsche, ces grands escogriffes habillés de vestes à griffe,
Se plaisaient, dans l’ombre comme à la lueur des torches, à massacrer leurs valets.

Mais – notez-le dans vos carnets ! –  le 15 avril 1831 naquit Monsieur Poubelle,
Vénérable humaniste, auguste figure de l’Histoire, magnanime Préfet de la Seine,
Et, aux yeux comme au nez de l’avenir, fidèle garant de l’hygiène.
Très en avance sur son temps, il donna son nom à une Invention si noble et si belle !

C’est donc dans les années 1880 qu’enfin la boue, les bouses et autres étrons furent régulièrement ramassés à la pelle,
Tandis que les déchets ménagers, enrobés de jolis sacs irisés, remplirent de grandes bennes obscènes :
À partir de ce moment-là, plus jamais – non, plus jamais – l’on ne marcha dans les selles

Et les artères de Paris, enfin décrottées, libérées et sanctifiées, redevinrent pour toujours propres et saines.

mercredi 6 avril 2016

L'Hallali de l'Hiver (ou la Fête du Printemps)




L’HALLALI DE L’HIVER


Maintes funèbres complaintes entonnent les hommes, et fort monotones,
Quand les trompettes de l’Hiver font retentir l’hallali de l’Automne :
« A gla gla ! Quel froid de canard sous le blanc feuillage des ti-tilleuls !
Qu’est-ce qu’on s’les gèle ici ! Oh, ça ca-caille ferme ! Ah mes gla-aïeuls ! »

Pauvres visages pâles, enfournez donc du charbon noir dans vos poêles !
Cuisinières et cuisiniers, réchauffez vos dindes au marron givrées !
Par ce temps-là, même les Peaux-Rouges se pèlent la plante des pieds,
Et seuls quelques patineurs survoltés osent encore se mettre à poils.

Tiens ! La luge en bois lisse des Indiens Hopi-Hopas glisse sur la neige ;
Emportée par son élan, elle décolle, lévite et survole tous les pièges :
« Hop-li ! hop-là ! Adieu bosses et verglas ! Tchao diverses chausse-trappes ! »
Patati et patata. Langue trop bien pendue penche, fourche et dérape ;

La catastrophe, horrible, approche : « Ah la li ! Oh la la ! » Quel embarras !
Les corps s’agitent, les mains s’accrochent…
                        Bing !
                                    Crac !

                                               Aïe !
                                                           Badaboum
                                                                                   et
                                                                                               patatras ! 

Mais les ennuis sont loin d’êt’ finis ; v’là soudain l’avalanche qui menace
Car les cruelles cloches du Printemps précoce sonnent déjà le glas de la glace.